Appel du 18 août : l’éducation artistique est un vecteur d’émancipation

Publication du 20 août 2018 à 12:47 – Libération

Avec l’appel du 18 août, lancé en Corse, le collectif pour l’éducation par l’art, dont Robin Renucci, la Maison des écrivains et de la littérature et le réseau Tras appellent à une mobilisation collective en faveur de l’éducation culturelle, dès l’enfance et tout au long de la vie.

La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a appelé toutes les forces vives de notre pays à se mobiliser pour réaffirmer la place des arts et de la culture dans notre société. Le président de la République a, par ailleurs, souhaité construire une politique de l’émancipation et de la dignité. La formation d’individus capables de s’émanciper et de s’affranchir des destins auxquels leur milieu social ou/et géographique les assigne est au cœur de l’ambition démocratique, là où le projet libéral a pour conséquence d’asservir ces mêmes individus aux lois du marché dont le moteur est la pulsion consommatrice.

Démocratie

Pour déjouer l’emprise de ce processus de désymbolisation, la nécessité de l’émancipation individuelle et collective doit être réaffirmée avec une urgence absolue en l’inscrivant au cœur des politiques publiques. L’urgence est d’autant plus forte que de nouveaux enjeux sont apparus : ils sont écologiques et exigent de nouveaux comportements ; ils concernent les libertés fondamentales, notamment la liberté de penser et d’agir ; ils sont les conséquences culturelles et politiques liées à l’accélération de l’évolution des technologies (intelligence artificielle…) ; ils sont ceux du partage des richesses (les biens communs, les data…) ; ils appellent à redéfinir les formes du service public et les pratiques de la démocratie.

L’éducation artistique et culturelle constitue le vecteur majeur de la mise en œuvre de cet objectif d’émancipation. Elle propose à chacune et à chacun, dès l’enfance et tout au long de la vie, d’avoir accès à des expériences esthétiques et de s’engager dans des pratiques artistiques. Elle se nourrit de la rencontre avec les œuvres et les artistes. Elle induit une dimension interprétative. Elle ouvre aux différents champs de la création comme du patrimoine et de la culture scientifique et technique. Elle joue un rôle décisif dans la capacité de symboliser, dans le processus d’individuation, dans l’ouverture à la diversité culturelle, dans le développement de l’esprit critique et du discernement et dans l’apprentissage de la citoyenneté. Elle est un ferment de démocratie.

Désorientation et sidération

L’éducation artistique et culturelle ainsi définie, implique la mise en place d’un plan de développement conduisant à :
– appliquer intégralement la charte pour l’éducation artistique et culturelle adoptée le 8 juillet 2016,
– faire entrer dans la loi le droit à la formation culturelle, à la formation aux pratiques artistiques d’amateurs tout au long de la vie, avec les financements correspondants,
– inscrire dans tous les enseignements, y compris les matières scientifiques, une dimension culturelle,
– remettre l’éducation artistique et culturelle au cœur de la formation initiale et continue des enseignants et des chefs d’établissement,
– rendre obligatoire l’aménagement de lieux dédiés aux pratiques artistiques dans les établissements scolaires,
– mettre en œuvre des formations croisées disciplinaires, interdisciplinaires et intersectorielles, associant tous les acteurs de la chaîne de la transmission et de l’éducation sur l’ensemble du territoire,
– impulser un travail interministériel, en cohérence avec la transversalité de ces actions,
– renforcer la coopération entre les différents financeurs, l’Etat et les collectivités territoriales, pour construire une gouvernance partagée garantissant la pérennité des actions et l’équité entre les territoires.

Dès lors, nous appelons l’Etat à préparer avec nous, sans tarder, l’organisation de chantiers de création interdisciplinaire associant artistes professionnels et amateurs, enseignants, chercheurs, médiateurs, éducateurs, dans toutes les régions de France de métropole et d’outre-mer, chaque année dès l’été 2019. Parallèlement, nous appelons toutes celles et ceux engagés dans des projets d’éducation artistique et culturelle à rejoindre la coopérative pour l’éducation artistique et culturelle dont la construction débutera dès le mois de septembre.
La France foisonne de projets inventifs en matière d’arts et de culture depuis plusieurs décennies. Pour faire face à la désorientation et à la sidération auxquelles nous sommes confrontés, le temps est venu du rassemblement de toutes ces forces vives au service d’un nouveau projet collectif d’émancipation à la hauteur des enjeux civilisationnels qui sont les nôtres.

Des membres du collectif pour l’éducation par l’art, de la Maison des écrivains et de la littérature et du réseau Tras se sont réunis du 16 au 18 août 2018 à l’Aria en Corse et ont adopté l’appel ci-dessus.

Collectif pour l’éducation par l’art : Robin Renucci, Jean-Marc Lauret, François Deschamps, Jean-Claude Lallias, Jean-Gabriel Carasso, Philippe Meirieu, Emmanuel Wallon, Patrick Germain-Thomas, Marie-Laure Poveda.

Maison des écrivains et de la littérature : Claude Eveno, Sylvie Gouttebaron, Michel Simonot, Philippe Morier-Genoud, Jude Ismaël, David Christoffel, Bruno Bonhoure, Khaï-Dong Luong, Mathias Mégard.

Réseau Tras (transversale des réseaux arts et sciences) : Antoine Conjard, Lucie Conjard.

Photo: Le ministère de la Culture à Paris, en 2017. Photo Jacques Demarthon. AFP

www.educationparlart.com,  www.reseau-tras.org, http://m-e-l.fr, www.ariacorse.net